Manifestation
22 mars à 15 h place du Parlement de Bretagne
Etant donné la situation actuelle
des langues bretonnes, et notamment des écoles d’enseignement
en breton, nous nous joignons à la manifestation pour
l’officialisation de ces langues. Nous y apportons toutefois
quelques réserves. En effet, en aucun cas nous ne pouvons
donner la responsabilité de la sauvegarde de nos langues
à l’Etat qui les a détruit. En aucun cas,
nous ne pouvons nous réduire à attendre la bonne
volonté de l’Etat, car c’est lui, et l’économie
capitaliste, qui ont amené nos langues, désormais
minoritaires chez nous, à cet état de fait.
C’est pourquoi le combat pour la sauvegarde de nos langues
ne peut être que partie intégrante d’une
lutte plus globale contre la politique de l’Etat et
le capitalisme. Une langue est à la fois un caractère
individuel et collectif. La destruction d’une langue
procède d’une tendance plus large à la
négation des individus. Le monde d’aujourd’hui
est traversé par des rapports d’oppression multiple
: nord/sud, patrons/travailleurs, Etat/individu… Cette
oppression peut également prendre des formes plus sournoises
: carcan moral et/ou religieux, négation des caractères
culturels, identitaires et linguistiques des individus, dépréciation
générale d’individus ou de groupes par
l’Etat…, bref, tout ce qui conduit à une
standardisation. Les individus standardisés sont tellement
plus faciles à soumettre…
Apprendre
le brezhoneg (bas breton) ou le gallo, ce n’est pas
un repli identitaire, c’est un acte de résistance,
un acte révolutionnaire !
Nous nous battons, dans une optique libertaire,
pour que chaque individu puisse s’épanouir dans
un monde où subsisterait la diversité des langues
et des cultures. L’idéal serait de créer
une dynamique où la pratique du breton et du gallo
au quotidien, dans la vie publique, s’imposerait de
fait, sans avoir à passer par une demande à
l’Etat. Mais cela est impossible tant que l’Etat
français continue sa politique d’uniformisation
du territoire au point de vue culturel et linguistique. A
certains l’officialisation apparaît donc comme
l’ultime recours de langues en péril car elle
aurait pour conséquence l’utilisation de ces
langues dans la vie publique, notamment dans l’administration.
Nous ne pouvons sans nous renier réclamer à
l’Etat une officialisation des langues de Bretagne.
D’abord, d’un point de vue pragmatique, cette
démarche a peu de chances d’aboutir. Ensuite,
même si elle aboutit, elle aura sans doute plus des
accents de folklore « régional » que d’égalité
entre les langues. Alors plutôt que de demander l’officialisation,
réclamons la gestion
pédagogique et financière des écoles
en langues bretonnes, et les moyens de la
mettre en place. Si nous devons en passer par les barbouillages,
le boycott, la grève, le refus d’acquitter ses
impôts…, nous le ferons !
Dans le
combat pour les langues menacées comme dans le combat
social, seule la lutte paie !
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